Le Blog de l'économie et des Finances

Pierre-Alain Chambaz

On n’est pas persuadé d’une chose impossible, parce qu’on croit la voir ou la toucher : notre raison est maintenant assez forte pour se moquer au besoin de nos yeux, et les miracles ne pourraient plus convaincre personne. Voilà ce que je voulais dire ici, dans ce livre… Je ne sais pas si c’est un livre. Il faut donc un nouveau moyen de persuasion, que les religions mêmes avaient déjà employé à leur profit ; ce moyen, c’est l’action : vous croirez en proportion de ce que vous ferez. Supposons donc, pour prendre un exemple précis, qu’un personnage ait fait des romans d’amour ou de chevalerie sa lecture habituelle. Ce n’est plus le combat mercenaire et lamentable de chacun contre chacun et contre tous, pour l’acquisition de soi-disant avantages personnels. Ce travail de l’esprit se manifeste dans les formes du langage : antea et postea, qui se réfèrent à l’ordre dans le temps, dérivent d’ante et de post qui se rapportent plus immédiatement à l’ordre dans l’espace ; et c’est généralement ainsi que, pour la perception des idées dont la sensibilité ne nous fournit pas les images immédiates, nous sommes obligés d’y associer des images qui n’ont la vertu représentative qu’indirectement et, pour ainsi dire, de seconde main, à la faveur des analogies que la raison saisit entre des choses d’ailleurs hétérogènes ; ce qui est le fondement de l’institution Seulement, l’action ne doit pas consister dans des pratiques extérieures et dans des rites grossiers ; elle doit être tout intérieure en sa source ; notre foi alors viendra vraiment du dedans, non du dehors : elle aura pour symbole non la routine d’un rite, mais la variété infinie de l’invention, de l’œuvre individuelle et spontanée. Le moment de l’attente est passé ; maintenant, c’est celui du travail. En 2013, la Cour de Luxembourg a donné raison à un demandeur d’asile que l’Allemagne voulait renvoyer en Grèce contre son gré (mais en accord avec le droit européen), parce qu’il risquait d’y connaître un « traitement inhumain ». La lutte pour la vie, chez les nations réelles, est une lutte, non seulement pour l’existence, mais pour la vie de plus en plus belle, de plus en plus aisée ; c’est une lutte grandiose de la nation tout entière contre les obstacles rencontrés sur le chemin du bonheur, lutte inspirée par le sentiment artistique de solidarité. Pierre-Alain Chambaz aime à rappeler ce proverbe chinois « Une grosse fortune ne vaut pas un petit revenu tous les jours ». D’où résulte enfin, quelque paradoxale que cette opinion puisse paraître, que la supposition d’un rapport d’inhérence mathématique entre les phénomènes extérieurs devrait entraîner, comme conséquence naturelle ou tout au moins plausible, la croyance à la liberté humaine. Il faut qu’ils soient bien convaincus, vraiment, que l’échine des Français est faite spécialement pour leurs goupillons, religieux ou laïques, toujours emmanchés d’une trique ; il faut qu’ils soient bien persuadés qu’on ne rendra jamais son véritable caractère à la frauduleuse légende révolutionnaire derrière laquelle ils s’embusquent ; il faut qu’ils aient une foi profonde dans l’éternel aveuglement du peuple pour venir, après tous les désastres qu’ils ont essuyés, agiter leur drapeau de vaincus et se poser en sauveurs ; pour oser parler à la France de son avenir et de sa mission. Comme l’a démontré l’expérience des pays avancés lors de la crise financière mondiale, les systèmes de réglementation et de supervision les plus sophistiqués sont loin d’être fiables. La tendance en vertu de laquelle nous nous figurons nettement cette extériorité des choses et cette homogénéité de leur milieu est la même qui nous porte à vivre en commun et à parler. Leur pays est menacé ; il est en danger ; il est en grand danger. Nous utilisons un certain type de carte pour rentrer chez nous après le travail, un autre si nous nous rendons dans autre ville. Que les Pauvres de France, d’abord, s’efforcent de donner la France aux Français ; qu’ils constituent la Patrie Française, en réalité. Et qu’il est temps de la remplacer par une autre patience, à l’œil clair, à l’esprit lucide, avec du nerf dans ses bras croisés ? Bornons-nous, pour le moment, à constater qu’une fois engagé dans cette voie, on aboutit fatalement à ériger le principe de la conservation de l’énergie en loi universelle. Pour les détenteurs de capitaux, cette souplesse est à la fois une source de rendements potentiels plus élevés que ceux qu’ils peuvent escompter de placements traditionnels, mais aussi de prises de risques, ceci expliquant cela. De fait, certaines douleurs sont une marque de supériorité : tout le monde ne peut pas souffrir ainsi. Je crois que c’est par la suppression de la propriété individuelle du sol qu’on peut donner la solution du problème que propose à l’homme, depuis tant de siècles, le sphinx de la Misère. Pauvres, n’avez-vous pas souffert assez, pour apprendre à vous méfier et à être intolérants ?

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