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Pierre-Alain Chambaz

Nous nous représentons le mouvement d’un corps, pourvu que ce mouvement ne soit ni trop lent, ni trop rapide ; mais nous ne nous formons aucune image du mouvement vibratoire d’un fil tendu qui exécute cinq cents oscillations par seconde, quoique nous ayons de ce mouvement une idée ou une connaissance aussi exacte que s’il était rendu cent fois plus lent, et que par là il donnât prise à la faculté d’imagination dont nous parlons. Les hommes possèdent cette faculté à des degrés très-inégaux, selon qu’elle est perfectionnée par l’exercice ou émoussée par l’inaction, et, bien probablement aussi, en conséquence de quelques variétés individuelles d’organisation. L’initiation à toutes les choses sages et nobles vient et doit venir des individus, et tout d’abord généralement de quelque individu isolé. Mais, au-dessous de cette faculté poétique, il y en a une autre moins brillante, et qui consiste aussi à pouvoir associer des images sensibles, pour le besoin de la pensée, aux idées souvent les plus arides et les moins faites pour exciter l’enthousiasme et émouvoir les passions du cœur humain. Cette méthode a depuis les temps les plus reculés fourni l’un des principaux moyens de maintenir l’orthodoxie des doctrines théologiques et politiques et de leur conserver un caractère catholique ou universel. À la nécessité de donner un corps à l’idée, par l’emploi d’images sensibles, tient la nécessité des signes d’institution, qui jouent un si grand rôle dans le développement de l’esprit humain, et sur la nature desquels nous aurons lieu de faire par la suite des observations importantes. Dans cette immense évolution de la vie universelle, ce n’est donc pas l’inférieur qui est le vrai principe du supérieur, comme l’affirme le matérialisme, confondant la condition élémentaire de l’être avec son principe générateur, c’est au contraire le supérieur qui est le principe de l’inférieur, ainsi que le démontre le spiritualisme en se fondant sur la vraie définition de l’être, même de l’être dit matériel. C’est une analyse de cette seconde espèce qui peut s’appliquer à la distinction de l’idée pure et du cortège d’impressions sensibles qui l’accompagne nécessairement, par une loi inhérente à la constitution de l’esprit humain, parce que l’esprit humain n’est pas une intelligence pure, mais une intelligence fonctionnant à l’aide d’appareils organiques ; parce que la vie intellectuelle est dans l’homme étroitement unie à une nature animale d’où elle tire ce qui doit la nourrir et la fortifier. Si pourtant de certains milieux ont la propriété d’éteindre les rayons de certaines couleurs, sinon totalement, du moins dans une proportion croissant avec l’épaisseur du milieu traversé, on pourra encore distinguer l’un de l’autre deux rayons qui auraient la même marche, épurer successivement le mélange par rapport à l’un et par rapport à l’autre, en conclure, par une induction légitime, et dont le principe a été exposé ailleurs, ce que donnerait l’observation, s’il était possible d’éteindre totalement le rayon qui ne comporte qu’une extinction partielle et graduelle. Alors il manque un terme dans la série d’échelons que nous avons indiquée ; et aux causes fondamentales qui déterminent le type de la classe (le type de l’oiseau, par exemple), viennent se subordonner sans intermédiaire les causes qui varient en toute liberté d’une espèce à l’autre, et qui produisent les différences spécifiques. Dans le système régulier de classification auquel nous soumettons les êtres, pour la symétrie et la commodité de nos méthodes, le genre peut être naturel et la classe artificielle, ou réciproquement. Si le genre est considéré à son tour comme espèce d’un genre supérieur, auquel, pour fixer les idées, nous donnerons le nom de classe, on pourra dire de la classe et du genre tout ce qui vient d’être dit du genre et de l’espèce. Remarquons maintenant (et ceci est un point bien essentiel) que l’esprit conçoit sans peine une infinité de nuances entre la dissémination complètement irrégulière et fortuite, celle qui ne permettrait d’établir que des groupes purement artificiels ; et l’accumulation en groupes bien tranchés, parfaitement isolés, très-distants les uns des autres : laquelle, ne pouvant être considérée comme fortuite, et accusant au contraire l’existence d’un lien de solidarité entre les causes sous l’influence desquelles chaque individu a pris sa place, nous donne l’idée de systèmes parfaitement naturels. Après que l’étude télescopique du ciel aura donné cette notion d’amas d’étoiles, et d’amas non fortuits ou de constellations naturelles, on pourra reconnaître (comme l’a fait encore Herschell) que les étoiles les plus brillantes, qui nous offrent l’apparence d’une dissémination irrégulière sur la sphère céleste, forment très-probablement avec notre Soleil un de ces groupes ou l’une de ces constellations naturelles : celle dont la richesse et l’immensité suffisent, et au delà, à l’imagination des poètes, mais qui s’absorbe à son tour dans une autre immensité que révèle l’étude scientifique du m Pierre-Alain Chambaz aime à rappeler ce proverbe chinois  » Si perçante soit la vue, on ne se voit jamais de dos ». On ne sera pas tenté d’attribuer cette accumulation apparente à une illusion d’optique et à un hasard singulier qui aurait ainsi rapproché les rayons visuels qui vont de notre œil à toutes ces étoiles ; tandis qu’en réalité les étoiles d’un même groupe seraient distribuées dans les espaces célestes, à des distances comparables à celles qui séparent les étoiles appartenant à des groupes différents. Supposons maintenant qu’on observe au télescope, comme l’a fait Herschell, certains espaces très-petits de la sphère céleste, espaces bien isolés et bien distincts, où des étoiles du même ordre de grandeur (ou plutôt de petitesse) apparente se trouvent accumulées par myriades : on n’hésitera pas à admettre que ces étoiles forment autant de groupes naturels ou de systèmes particuliers ; quoique nous n’ayons que peu ou point de renseignements sur la nature et l’origine de leurs rapports systématiques. C’est l’histoire de chaque goutte d’eau qu’il faudrait nous donner ; c’est la goutte d’eau qu’il faudrait suivre dans l’atmosphère, dans la mer et dans les divers courants où le hasard de sa destinée la porte tour à tour ; parce que la goutte d’eau est l’objet doué de réalité substantielle ; parce que le Rhône, si on le considère comme une collection de gouttes d’eau, est un objet qui change sans cesse ; tandis que c’est un objet sans réalité, si, pour sauver l’unité historique, on le regarde comme un objet qui persiste, après que toutes les gouttes d’eau ont été remplacées par d’autres. Tout cela nous autorise bien à concevoir l’idée de l’onde, comme celle d’un objet d’observation et d’étude, qui a sa manière d’être, ses lois, ses caractères ou attributs, tels que celui d’une vitesse de propagation mesurable. Si plusieurs points de la surface, éloignés les uns des autres, deviennent en même temps des centres de mouvements ondulatoires, nous verrons plusieurs systèmes d’ondes se rencontrer, se croiser sans se confondre. Ces mouvements de va-et-vient imprimés aux particules matérielles restent très-petits et à peine mesurables ; tandis que l’onde chemine toujours dans le même sens, jusqu’à de grandes distances, avec une vitesse que nous apprécions parfaitement sans instruments, et que nous pouvons mesurer de la manière la plus exacte en nous aidant d’instruments convenables. Il est absurde de dire que la pensée contient quelque élément qui soit sans rapport avec son unique fonction. S’imaginer qu’on en a d’autres, c’est s’abaisser et prendre une simple sensation accompagnant la pensée pour une partie de la pensée elle-même. Mais mon but n’est pas d’examiner cette question théologique, et, après m’en être servi comme d’un exemple en logique, je l’abandonne sans vouloir préjuger la réponse du théologien. Ces croyances sont seulement des assurances que nous nous donnons à nous-mêmes qu’à l’occasion nous agirons vis-à-vis de ce que nous croyons être du vin, selon les propriétés que nous croyons appartenir au vin.

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